
Thaïlande : le nouveau pari touristique face au surtourisme et au climat
Écrit par la rédaction de theo-courant.com, votre guide de référence sur la Thaïlande et l'Asie du Sud-Est.

La Thaïlande veut changer de modèle touristique en privilégiant désormais la valeur générée par les visiteurs plutôt que leur seul nombre. Mais cette stratégie doit composer avec des contraintes que le pays ne maîtrise pas entièrement : changement climatique, pression environnementale, évolution des attentes des voyageurs et concurrence croissante en Asie du Sud-Est.
La Thaïlande veut passer du volume à la valeur
Pendant des années, le nombre d’arrivées internationales a constitué l’un des principaux indicateurs de la réussite touristique de la Thaïlande. Le pays reste d’ailleurs l’une des grandes destinations mondiales et continue de chercher à soutenir les arrivées étrangères.
Mais le discours officiel évolue.
La Authority of Thailand (TAT) défend désormais une approche fondée davantage sur la valeur du tourisme. L’objectif est de favoriser les visiteurs susceptibles de rester plus longtemps, de dépenser davantage et de participer à différents secteurs de l’économie touristique.
Cette stratégie concerne notamment le tourisme de bien-être, la gastronomie, la culture, le sport, les événements internationaux et les expériences locales.
La logique n’est donc pas de fermer la porte au tourisme de masse. Il s’agit plutôt de ne plus considérer le nombre de visiteurs comme le seul indicateur permettant de mesurer la réussite du secteur.
Un changement de stratégie qui ne signifie pas moins de touristes
La nuance est importante.
La Thaïlande continue de fixer des objectifs élevés en matière d’arrivées internationales. La stratégie Value over Volume ne constitue donc pas un programme visant à réduire volontairement le nombre de touristes entrant dans le pays.
Le changement concerne davantage la manière de considérer leur contribution à l’économie.
Un visiteur qui reste plus longtemps, utilise davantage de services locaux, voyage dans plusieurs régions ou consomme des produits touristiques à plus forte valeur peut, dans cette logique, contribuer davantage à l’économie qu’un simple calcul du nombre d’arrivées ne le laisse apparaître.
La Thaïlande cherche également à mieux répartir l’activité touristique dans le temps et dans l’espace, notamment avec la politique Thailand 365 Days.
Le principe est simple : faire du pays une destination touristique toute l’année et encourager les visiteurs à sortir des destinations et des périodes les plus concentrées.
Mais cette ambition soulève une question : peut-on réellement changer le profil du tourisme sans réduire la pression exercée sur les destinations les plus populaires ?
Le surtourisme reste l’une des contradictions du modèle
Le tourisme crée des revenus et des emplois, mais il produit également une pression sur les infrastructures et les ressources.
Dans certaines destinations thaïlandaises, la concentration des visiteurs constitue déjà un problème connu. Plages, îles, parcs nationaux, centres historiques et quartiers touristiques peuvent être confrontés à des problèmes de congestion, de déchets, de consommation d’eau ou de dégradation des milieux naturels.
La question n’est donc pas uniquement celle du nombre total de touristes accueillis par la Thaïlande.
Elle est aussi celle de leur concentration.
Cent mille visiteurs répartis sur plusieurs destinations et plusieurs mois ne produisent pas nécessairement la même pression que cent mille visiteurs concentrés au même endroit pendant quelques semaines.
C’est précisément pourquoi la question de la capacité d’accueil des destinations devient importante. L’OCDE recommande à la Thaïlande de renforcer les outils permettant de mesurer cette capacité, ainsi que les politiques d’adaptation au changement climatique et de protection de l’environnement.
Le passage au tourisme de valeur ne résout donc pas automatiquement le problème du surtourisme.
Un touriste qui dépense davantage peut générer davantage de revenus, mais il reste également un consommateur d’eau, d’énergie, de transport et d’espace.
Le climat devient une question touristique
Le changement climatique constitue une autre variable que la stratégie touristique thaïlandaise ne peut pas contrôler.
La Thaïlande est directement exposée à plusieurs phénomènes susceptibles d’affecter les conditions de voyage : épisodes de chaleur extrême, précipitations intenses, inondations, sécheresses et évolution des conditions marines.
Le problème ne se limite pas à la protection de l’environnement.
Lorsque les conditions climatiques deviennent plus difficiles, elles peuvent aussi affecter les infrastructures, les activités de plein air, les plages, les parcs naturels ou les périodes pendant lesquelles certaines destinations sont particulièrement attractives.
Le changement climatique peut également modifier progressivement les comportements des voyageurs.
Les enquêtes internationales montrent déjà que les considérations liées à la durabilité prennent une place croissante dans les décisions touristiques. Cela ne signifie pas que les voyageurs vont abandonner les destinations lointaines, ni que les Européens vont demain renoncer à la Thaïlande.
Mais cela signifie que les critères utilisés pour choisir une destination peuvent évoluer.
La Thaïlande peut définir le type de tourisme qu’elle souhaite développer. Elle ne peut pas déterminer seule la manière dont les voyageurs du futur choisiront leurs destinations.
La concurrence ne reste pas immobile
La Thaïlande doit également composer avec une concurrence régionale de plus en plus importante.
Le Vietnam en fournit un exemple particulièrement visible. Le pays connaît une forte croissance de ses arrivées internationales et développe rapidement ses infrastructures et son offre touristique.
L’Indonésie, la Malaisie et les Philippines cherchent également à développer leurs marchés internationaux et à attirer des visiteurs à plus forte valeur.
Pour un voyageur qui cherche des plages, de la gastronomie, de la culture, du bien-être ou des expériences en Asie du Sud-Est, la Thaïlande n’est donc plus seule à proposer une offre très développée.
Cette concurrence ne signifie pas que la Thaïlande serait en train de perdre automatiquement sa position.
Elle montre simplement que les autres destinations ne l’attendent pas.
Le pays doit donc continuer à renouveler son offre s’il veut conserver son attractivité auprès des voyageurs internationaux.
La Thaïlande peut-elle encore vendre la promesse de la découverte ?
C’est probablement l’un des paradoxes les plus difficiles auxquels la destination est confrontée.
La Thaïlande possède une notoriété internationale considérable. Bangkok, Phuket, Pattaya, Chiang Mai, Krabi ou Koh Samui sont désormais des destinations connues bien au-delà de l’Asie.
Cette notoriété constitue évidemment un avantage commercial.
Mais elle peut également réduire l’impression de découverte recherchée par certains voyageurs.
Le succès touristique transforme progressivement les lieux qui ont initialement attiré les visiteurs pour leur caractère particulier. Une plage devenue extrêmement fréquentée, un quartier transformé par les activités touristiques ou un site naturel soumis à une forte pression peuvent perdre une partie de l’expérience qui avait contribué à leur réputation.
Il serait toutefois excessif d’en conclure que la Thaïlande est devenue une destination saturée dans son ensemble.
Le pays possède encore une très grande diversité géographique et culturelle, ainsi que de nombreuses régions beaucoup moins fréquentées.
Le véritable enjeu est plutôt de savoir si la stratégie touristique permettra de répartir davantage la demande sans reproduire ailleurs les problèmes déjà rencontrés dans les destinations les plus populaires.
Le tourisme de valeur doit aussi prendre en compte son coût environnemental
Le terme valeur peut facilement être réduit à une question de dépenses touristiques.
Mais la valeur touristique ne devrait pas être uniquement mesurée par les recettes.
Une destination peut générer davantage de revenus tout en augmentant la pression exercée sur ses ressources naturelles et ses infrastructures.
C’est l’une des limites auxquelles se heurte la stratégie thaïlandaise.
Pour que le passage du volume à la valeur soit réellement durable, il faut donc pouvoir mesurer simultanément les bénéfices économiques du tourisme et ses coûts environnementaux et sociaux.
La question de l’eau, des déchets, des transports, de l’énergie, de la protection des espaces naturels et de la capacité d’accueil des destinations devient alors aussi importante que celle des dépenses des visiteurs.
C’est un changement de perspective considérable.
Un pari dont la réussite ne dépend pas uniquement de la Thaïlande
La nouvelle stratégie touristique thaïlandaise est donc réelle, mais ses résultats dépendront de plusieurs facteurs.
Le gouvernement peut modifier son marketing, développer de nouvelles offres, promouvoir des destinations moins fréquentées et cibler certains segments de clientèle.
Il ne contrôle toutefois ni l’évolution du climat, ni les stratégies des pays concurrents, ni les attentes des voyageurs, ni la perception internationale des destinations thaïlandaises.
C’est ce qui rend le pari du tourisme de valeur particulièrement intéressant.
La question n’est pas de savoir si la Thaïlande accueillera encore beaucoup de touristes. Tout indique que le tourisme restera un secteur majeur de son économie.
La question est plutôt de savoir quelle quantité de valeur économique le pays pourra tirer du tourisme sans augmenter dans les mêmes proportions la pression exercée sur ses territoires et ses ressources.
Et surtout, si la Thaïlande souhaite vendre demain un tourisme plus qualitatif, elle devra aussi préserver ce que les visiteurs viennent chercher aujourd’hui : des paysages, une culture, une biodiversité et une expérience qui restent suffisamment attractifs pour justifier le voyage.
FAQ – Tourisme en Thaïlande
La Thaïlande veut-elle moins de touristes ?
Non. La stratégie « Value over Volume » ne signifie pas que la Thaïlande souhaite réduire globalement le nombre de visiteurs. Elle cherche surtout à augmenter la valeur économique générée par le tourisme et à mieux répartir l’activité touristique.
Qu’est-ce que le tourisme de valeur en Thaïlande ?
Il s’agit d’une approche qui privilégie davantage les dépenses touristiques, la durée des séjours, les expériences à forte valeur ajoutée et les retombées économiques pour les territoires plutôt que le seul nombre d’arrivées.
Le surtourisme est-il un problème en Thaïlande ?
La pression touristique est particulièrement importante dans certaines destinations et périodes. La question porte donc moins sur la capacité de la Thaïlande dans son ensemble que sur la capacité de certains territoires à accueillir un nombre important de visiteurs sans dégrader leurs infrastructures et leurs ressources comme à Koh Samui.
Le changement climatique peut-il affecter le tourisme en Thaïlande ?
Oui. Les épisodes de chaleur extrême, les fortes précipitations, les inondations, les sécheresses et d’autres phénomènes climatiques peuvent affecter les infrastructures et certaines activités touristiques. Le climat constitue donc également un enjeu pour l’avenir du secteur touristique.
Le Vietnam est-il devenu un concurrent de la Thaïlande ?
Le Vietnam connaît une forte progression de son tourisme international et développe son offre touristique. Il constitue donc, comme l’Indonésie, la Malaisie ou les Philippines, un concurrent régional pour une partie des voyageurs internationaux. Cela ne signifie pas pour autant que la Thaïlande aurait perdu sa position de destination majeure en Asie du Sud-Est.
La Thaïlande peut-elle encore proposer des destinations moins fréquentées ?
Oui. Malgré la forte fréquentation de certaines destinations, le pays possède encore de nombreuses régions et destinations moins fréquentées par les visiteurs internationaux. La stratégie « Thailand 365 Days » vise notamment à mieux répartir l’activité touristique dans le temps et sur le territoire.
Quel est le principal défi de la nouvelle stratégie touristique thaïlandaise ?
Le principal enjeu est de parvenir à augmenter la valeur économique du tourisme tout en maîtrisant ses impacts sur l’environnement, les ressources et les territoires. La réussite de cette stratégie dépendra donc autant de la capacité à attirer des visiteurs que de celle à préserver les destinations qui les attirent.





