
Thaïlande-Cambodge : que change la conciliation maritime sous l’UNCLOS ?
Écrit par la rédaction de theo-courant.com, votre guide de référence sur la Thaïlande et l'Asie du Sud-Est.

La Thaïlande et le Cambodge ont entamé à Singapour une procédure de conciliation prévue par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Au cœur du dossier : une vaste zone maritime revendiquée par les deux pays dans le golfe de Thaïlande, à proximité de Koh Kood. Mais que recouvre réellement ce différend et que peut produire cette procédure internationale ?
Thaïlande et Cambodge entament une conciliation maritime à Singapour
Le différend maritime entre la Thaïlande et le Cambodge franchit une nouvelle étape cette semaine. Du 14 au 16 septembre 2026, les représentants des deux pays se réunissent à Singapour dans le cadre d’une commission de conciliation constituée sous l’UNCLOS.
Les déclarations d’ouverture des deux délégations sont prévues le 15 septembre. La délégation cambodgienne est conduite par le ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn, tandis que la Thaïlande est représentée par son ministre des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow.
La procédure a été engagée par le Cambodge en juin, après la décision de la Thaïlande de mettre fin, le 5 mai 2026, au cadre bilatéral établi par le mémorandum d’entente de 2001 sur les revendications maritimes qui se chevauchent.
Cette nouvelle étape ne constitue toutefois ni un procès ni un arbitrage. Une commission composée de cinq conciliateurs doit examiner les positions des deux pays et formuler des recommandations destinées à faciliter un règlement du différend.
Ces recommandations ne seront pas juridiquement contraignantes.
Où se trouve exactement la frontière maritime disputée ?
Pour comprendre le dossier, il faut quitter les cartes politiques habituelles de la frontière terrestre entre les deux pays et regarder vers le golfe de Thaïlande.
La zone concernée se trouve dans le nord-est du golfe, entre la côte orientale de la Thaïlande et le littoral cambodgien. Elle se situe notamment dans le secteur de la province thaïlandaise de Trat, face aux provinces cambodgiennes de Koh Kong et de Sihanoukville.
C’est dans cette région que se trouve Koh Kood, également appelée Ko Kut.
Pourquoi Koh Kood est-elle devenue le symbole du dossier ?
Koh Kood est une île touristique thaïlandaise située dans la province de Trat, à proximité de la frontière maritime avec le Cambodge. Pour les voyageurs, son nom est associé aux plages, aux eaux turquoise et à une destination encore relativement préservée de l’est du pays.
Pour les deux États, la question est beaucoup plus sensible.
Les revendications maritimes cambodgiennes et thaïlandaises se chevauchent dans une zone située autour de cette partie du golfe de Thaïlande. C’est ce chevauchement qui explique pourquoi Koh Kood est régulièrement citée dans les débats politiques et médiatiques.
Il faut cependant distinguer deux questions.
La première concerne la souveraineté sur l’île elle-même. La position officielle thaïlandaise est claire : Koh Kood appartient à la Thaïlande et cette souveraineté n’est pas négociée dans le cadre des discussions UNCLOS.
La seconde concerne la délimitation maritime autour de l’île et plus largement dans le golfe de Thaïlande. C’est cette question qui se trouve au cœur de la procédure actuelle.
Autrement dit, la conciliation ne signifie pas que Koh Kood est aujourd’hui « à partager » entre la Thaïlande et le Cambodge.
Elle concerne la manière dont les deux pays délimitent leurs espaces maritimes respectifs.
Une zone maritime beaucoup plus vaste que Koh Kood

Koh Kood attire naturellement l’attention parce que l’île est connue des voyageurs. Mais elle ne constitue pas à elle seule l’enjeu géographique du différend.
Le dossier concerne une zone beaucoup plus vaste de revendications maritimes qui se chevauchent dans le golfe de Thaïlande. Cette zone est souvent désignée sous le terme d’Overlapping Claims Area, ou OCA.
Le mémorandum d’entente de 2001 avait précisément créé un cadre permettant à Bangkok et Phnom Penh de discuter de cette zone et des ressources qui pourraient s’y trouver.
La question est donc à la fois territoriale, juridique et économique.
Les fonds marins du golfe de Thaïlande présentent notamment un intérêt pour les ressources énergétiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles la délimitation maritime constitue un dossier stratégique pour les deux pays.
Mais il faut là encore éviter une confusion : la procédure actuelle ne revient pas à attribuer immédiatement des gisements de pétrole ou de gaz à l’un des deux États.
Elle cherche d’abord à faciliter le règlement de la question de la délimitation maritime.
Pourquoi le mémorandum de 2001 a-t-il été abandonné ?
Pendant plus de vingt ans, le mémorandum d’entente signé en 2001 a constitué le cadre bilatéral permettant aux deux pays de discuter de leurs revendications maritimes.
Les négociations n’ont cependant pas permis de parvenir à un accord définitif sur la délimitation.
Le 5 mai 2026, la Thaïlande a annoncé la fin de ce cadre.
Pour Bangkok, les discussions bilatérales menées dans ce cadre n’avaient pas suffisamment progressé. Phnom Penh a, de son côté, considéré cette décision comme la disparition du principal mécanisme bilatéral consacré au différend maritime.
Le Cambodge a alors engagé la procédure de conciliation prévue par l’UNCLOS.
La Thaïlande a finalement accepté de participer à cette procédure, tout en maintenant sa position selon laquelle les discussions doivent porter sur la délimitation maritime et non sur la souveraineté de Koh Kood.
Que signifie concrètement une conciliation sous l’UNCLOS ?

L’UNCLOS, ou Convention des Nations unies sur le droit de la mer, fournit un cadre international pour régler les différends concernant l’interprétation et l’application du droit maritime.
La conciliation est différente d’un tribunal.
Les cinq membres de la commission ne sont pas là pour rendre un jugement attribuant définitivement le territoire maritime à la Thaïlande ou au Cambodge.
Ils examinent les arguments des deux parties, recherchent des possibilités de compromis et doivent finalement présenter des recommandations.
Le mécanisme est donc fondé sur le dialogue, mais il intervient dans un cadre juridique international.
C’est une différence importante avec une simple négociation diplomatique entre deux gouvernements.
La procédure peut également permettre aux deux pays de sortir d’une situation dans laquelle les discussions bilatérales étaient bloquées.
La Thaïlande et le Cambodge sont-ils les seuls à avoir utilisé cette procédure ?
Il existe ici un précédent particulièrement intéressant, mais il faut être précis.
Le précédent directement comparable est celui de Timor-Leste et de l’Australie.
En 2016, Timor-Leste a engagé une procédure de conciliation obligatoire contre l’Australie sous l’UNCLOS. Les deux pays étaient en désaccord sur leurs frontières maritimes dans la mer de Timor.
La procédure a conduit à des négociations et à la signature, le 6 mars 2018, du Traité établissant leurs frontières maritimes dans la mer de Timor.
Le traité est ensuite entré en vigueur en 2019.
Un précédent plutôt positif, mais pas une garantie
Le cas australo-timorais est donc souvent présenté comme un exemple de conciliation réussie.
La procédure a permis de sortir d’un long blocage et d’aboutir à un accord sur une frontière maritime.
Mais il serait trompeur d’en déduire que la procédure Thaïlande-Cambodge aboutira nécessairement au même résultat.
Les situations historiques et politiques sont différentes.
Dans le cas de Timor-Leste et de l’Australie, les deux pays ont finalement accepté de négocier à partir du processus de conciliation et de parvenir à un traité.
Dans le cas thaïlandais et cambodgien, la question est politiquement plus sensible, notamment parce que Koh Kood est devenue un symbole national en Thaïlande et que le cadre bilatéral de 2001 vient précisément d’être abandonné.
La conciliation constitue donc une nouvelle voie de négociation, pas une garantie de règlement.
Que peut-il se passer maintenant ?
La réunion de Singapour constitue le début du processus et non son aboutissement.
La commission doit poursuivre ses travaux, entendre les positions des deux pays et établir les modalités de la procédure.
Un rapport contenant des recommandations est attendu à l’issue du processus. Il ne constituera pas une décision juridiquement obligatoire imposée à Bangkok et Phnom Penh.
Les deux gouvernements devront ensuite décider de la manière dont ils souhaitent utiliser ces recommandations.
Trois éléments seront donc particulièrement importants à suivre :
- la manière dont la commission définit le cadre de ses travaux ;
- les positions précises de la Thaïlande et du Cambodge sur la délimitation maritime ;
- la capacité des deux pays à reprendre des négociations à partir des recommandations de la commission.
À ce stade, aucune nouvelle frontière maritime n’a été décidée.
Que signifie cette procédure pour les voyageurs à Koh Kood ?
Pour les voyageurs, l’information la plus importante est probablement la plus simple : la procédure de conciliation ne modifie pas aujourd’hui le statut de Koh Kood comme destination touristique thaïlandaise.
L’île reste administrée par la Thaïlande et la procédure actuelle ne constitue pas une remise en cause immédiate de son accès touristique.
Le différend se déroule principalement sur le terrain diplomatique et juridique.
Pour un voyageur se rendant à Koh Kood, l’actualité concerne donc davantage la compréhension de la région que les conditions pratiques du séjour.
Mais l’île permet de matérialiser un différend qui reste autrement très abstrait.
Sur une carte, la question porte sur des lignes maritimes et des zones de revendications dans le golfe de Thaïlande. Pour les visiteurs, elle prend un visage beaucoup plus concret : celui d’une île touristique située à l’extrémité orientale du territoire thaïlandais, non loin du Cambodge.
Un différend maritime qui dépasse largement Koh Kood
Le nom de Koh Kood risque de rester associé à cette affaire parce qu’il est facilement compréhensible et politiquement sensible.
Mais réduire le dossier à l’île serait une erreur.
Le véritable enjeu est la délimitation d’espaces maritimes plus vastes dans le golfe de Thaïlande, ainsi que les droits qui pourraient être associés à ces espaces.
La conciliation ouverte à Singapour constitue donc surtout une tentative de replacer ce différend dans un cadre international après l’abandon du mécanisme bilatéral de 2001.
Le précédent de Timor-Leste et de l’Australie montre qu’une telle procédure peut conduire à un accord. Il montre aussi que la conciliation n’est qu’un moyen de débloquer les négociations : ce sont finalement les États qui doivent accepter le compromis.
Pour la Thaïlande et le Cambodge, la question est désormais de savoir si ce nouveau cadre permettra de faire ce que le précédent mécanisme bilatéral n’a pas réussi à faire : rapprocher leurs positions sur une frontière maritime qui reste, à ce jour, non définitivement délimitée.
FAQ
Koh Kood est-elle concernée par le différend maritime entre la Thaïlande et le Cambodge ?
Koh Kood se trouve dans la zone géographique proche des revendications maritimes qui se chevauchent. La Thaïlande affirme toutefois que sa souveraineté sur l’île n’est pas négociable dans le cadre de la procédure UNCLOS.
La Thaïlande risque-t-elle de perdre Koh Kood ?
La conciliation en cours ne constitue pas une procédure visant à transférer la souveraineté de Koh Kood. Elle porte sur la délimitation maritime entre les deux pays.
Que va décider la commission UNCLOS ?
La commission n’est pas un tribunal. Elle doit examiner le différend et formuler des recommandations non contraignantes destinées à faciliter un règlement entre les deux pays.
Existe-t-il un précédent ?
Oui. Timor-Leste et l’Australie ont utilisé la conciliation obligatoire prévue par l’UNCLOS à partir de 2016. Le processus a abouti à un traité sur leur frontière maritime en 2018.
La conciliation va-t-elle modifier les conditions de voyage à Koh Kood ?
Non. La procédure diplomatique en cours ne modifie pas actuellement le statut touristique de Koh Kood.
Sources : Reuters, 15 septembre 2026 ; Gouvernement royal thaïlandais / Ministry of Foreign Affairs ; Permanent Court of Arbitration ; United Nations Convention on the Law of the Sea ; Gouvernement de Timor-Leste ; Australian Department of Foreign Affairs and Trade.
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