Théo Courant

 

Chroniques quotidiennes d'infos culturelles, de trucs et astuces pour les voyageurs et autres curieux en Asie du Sud-Est : Thaïlande, Myanmar, Cambodge et Laos.



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Thaïlande : la superstition responsable de la disparition du calao

Les superstitions ont parfois des répercutions regrettables. En Thaïlande, la croyance à la force protectrice des amulettes participent à la disparition d’espèces comme le calao.

Thailand Calao hornbill

Le calao

Si le nom de l’espèce est peu connu, le calao ou l’hornbill est pourtant très reconnaissable. Cet oiseau massif à l’âge adulte (une envergure de plus de 1m30 pesant jusqu’à 4kg) a comme signe distinctif un bec courbe orné d’un casque de couleur vive (orange ou jaune). Cet oiseau est originaire du Sud-Est asiatique. Il est l’emblème de certaines régions comme on peut le constater au Myanmar.

“De quoi sert cette oblongue capsule ?..”

Or le paradoxe de cet animal est justement son bec. Appendice plus que gênant, il serait une survivance d’une protubérance permettant de supporter un bec bien plus important que ce qu’il est aujourd’hui. Or si ce bec gêne le champ de vision de l’animal, il demeure l’atout majeur pour séduire une femelle. En effet, celui qui arrive à survivre avec un tel handicap présente d’autres capacités indéniables et surtout une bonne santé.Le bec est donc un marqueur d’un individu vigoureux, agile, futé et sans aucun doute porteur de gênes parfaits pour une femelle exigeante.

Sauf que si dans la nature le bec du calao est le nec plus ultra pour séduire, il est hélas l’objet idéal pour les superstitieux en tout genre !

Constat amer…

Les représentants de l’association Wildlife Asia – lors d’une réunion qui s’est déroulée la semaine dernière, comme le rapporte le journal Khaosod,- ont tiré la sonnette d’alarme. En effet, la chasse au calao s’est intensifiée ces dernières années afin de répondre à une demande grandissante nourrit par la superstition et la méconnaissance.

“Si j’avais un tel “bec”, Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse !”

Hélas, le calao n’est pas Cyrano. Pour l’un la figure de style, pour l’autre une triste fin. En effet, les becs servent de support pour graver des représentations de Bouddha ou de Rama IX. Ces amulettes apporteraient chance et protection à leur propriétaire. Cette croyance participe directement à l’effondrement du nombre de calao en Thaïlande. Ils ne seraient plus que 200 sur tout le royaume. En quelques années, ils sont passés d’espèce quasi menacé en espèce en danger critique.

Le calao est un oiseau fragile. Le cycle de reproduction d’un calao est très instable. La femelle ne pond que 2 à 4 œufs dans des cavités d’arbre. En moyenne, un seul petit survit. Juste après l’éclosion, la femelle bouche en partie l’entrée du nid afin de le protéger. La dépendance du petit est alors totale. Arrivé à maturité, la mère rouvre le nid et le jeune doit alors s’envoler…Entre l’éclosion, la vie dans le nid et le premier envol, les probabilités de survie sont minces. Animal très social – la nuit les calaos partagent un arbre dortoir – il est donc très sensible aux modifications de son environnement. Or la déforestation, conjuguée aux superstitions, multiplie les probabilités de la disparition de cet oiseau de plus en rare.

L’association Wildlife Asia a rappelé deux chiffres plutôt effrayants : 500 000 thaïlandais auraient des objets en ivoire et pas moins de 250 000 posséderaient une amulette fabriquait à base d’os ou de dent de tigre. Si de nombreuses campagnes de protections permettent lentement de faire évoluer les choses envers les éléphants ou les tigres, les calaos, eux, sont la plupart du temps oubliés.

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