Theo Courant

Chroniques quotidiennes d'infos culturelles, de trucs et astuces pour les voyageurs et autres curieux en Asie du Sud-Est : Thaïlande, Myanmar, Cambodge et Laos.



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Relance du grand projet : Le canal thaï

Le projet si souvent abordé du fameux canal thaï semble repartir. Un projet ancien qui permettrait de relier la mer Andaman au Golfe de Siam. Le but créer une nouvelle route maritime afin d’éviter le détroit de Malacca. 

Géographie, un canal sur un isthme

Une des particularités géographiques de la Thaïlande est de posséder un isthme séparant la péninsule malaisienne et le continent asiatique. Il s’agit de l’isthme de Kra. C’est la partie la plus étroite entre la mer Andaman (estuaire de Kraburi) et le Golfe de Siam (au sud de Chumphon). Dans sa partie la plus étroite, ce simple bandeau de terre est large de 44 km. Cependant son relief varie énormément. En effet, on constate que son point culminant atteint plus de 400 mètres. Cependant le dénivelé moyen est de 260 mètres.

Or le dénivelé est la principale raison qui a freiné nombre de projets concernant le percement d’un canal. En effet, si l’on compare aux différents canaux internationaux tels que celui de Panama ou de Suez, chacun d’eux a un dénivelé très inférieur à celui de l’isthme de Kra. Ainsi le canal de Panama est bien plus long avec ses 77 km. Son point culminant est de 64 m au-dessus du niveau de la mer. Les ingénieurs ont dû creuser afin de descendre le canal a une hauteur de 12 mètres au-dessus du niveau de la mer.

canal panama

Autre exemple, le canal de Suez mesure 4 fois l’isthme de Kra avec 192 km mais il traverse une région avec un dénivelé pratiquement inexistant.

Pour contourner le dénivelé de l’isthme de Kra, il serait donc nécessaire de contourner les régions les plus élevées et donc obligeraient à un tracé beaucoup plus long et beaucoup plus complexe.

Histoire d’un canal qui n’a jamais vu le jour

Des rois et des projets …

La volonté de percer un canal remonte au roi Narai le Grand (1677). Il demanda à l’ingénieur français de Lamar la faisabilité d’un tel projet. Si la réponse fut positive, le projet tomba à l’eau jusqu’en 1793 ou le frère du roi Rama I proposa de commencer ces travaux. Le but était de faciliter la circulation des bâtiments de guerre. Pour diverses raisons, les travaux à peine commencer durent s’arrêter. Le projet tomba à nouveau dans l’oubli jusqu’à l’arrivée de Rama IV. Il proposa aux experts anglais de finir les études de prospectives. Là aussi, l’initiative resta au stade embryonnaire.

Les résistances de l’albion

En 1866, sous le règne de roi Rama V, l’idée refit surface. Cette fois-ci on confia le projet à des ingénieurs français qui avaient fait leurs preuves. Le roi fit donc appel à Ferdinand de Lesseps juste après que ce dernier ait inauguré le canal de Suez. De Lesseps valida de nouvelles études et la faisabilité du projet. Si les aspects techniques semblaient être derrière c’est ensuite les raisons politiques qui bloquèrent totalement le projet. Les raisons étaient assez simples : d’un point de vue de politique international, pour les anglais il y avait la peur de la mainmise des français sur la région. D’un point de vue national, le projet réveillait un vieux cauchemar : celle de la fin de l’unité territoriale. En effet, la peur de scinder le pays en deux était omniprésente avec au sud une région aux velléités d’indépendance portées par une communauté musulmane majoritaire.

A cela s’ajoutait également une pression économique liée aux préoccupations anglaises de ne pas percer un canal qui aurait pu mettre à mal le développement de la région de Singapour.

Au XXème siècle, le sujet est revenu plusieurs fois mais a toujours été enterré. Le seul élément concret de cette liaison est la route 44 construit en 1993. Cette dernière n’est pas totalement achevée en raison de l’absence de décision concernant les ports d’arrivées/départs. Elle a été construite en prévision d’un hypothétique construction d’un chemin de fer et d’un oléoduc…

Cependant depuis septembre 2020, de nouvelles dispositions font jour. Ce tout nouveau projet laisse percevoir la possibilité d’un double objectif : le percement du canal thaï et de la construction d’une route à double voie.

Les nouvelles propositions

Le gouvernement vient donc de débloquer 10 millions de baht. Le but est de mener des auditions publiques de l’ensemble des acteurs et de commander des études de faisabilité des deux projets.

Cette volonté politique affichée fait suite aux annonces d’octobre 2018 du Premier Ministre Prayut qui souhaitait la construction d’un canal sur l’isthme de Kra. Ce projet partirait soit de la région de Krabi, soit de la région de Trang ou plus probablement du port de Pak Bara (Satun – voir plan ici) côté Andaman et irait jusqu’à Songhkla dans le Golfe de Thaïlande.

A cela s’ajouterait également un projet alliant la construction d’une route (9A Canal Route) et d’un chemin de fer sur 135 km. Cet axe relierait Khao Mai Kaeo (région de Trang – voir plan ici) à Ranot (Songkhla – voir plan ici) côté Golfe de Siam. Cette option donne également la possibilité de construire un réseau de pipelines de pétroles et de gaz.

Un intérêt majeur

Le fait de relancer cette idée n’est pas anodine dans un contexte économique très tendu et ouvre de nombreux appétits. Beaucoup se tournent vers ce projet qui bousculerait les routes maritimes traditionnelles. En reliant la mer Andaman et le Golfe de Siam, l’objectif est de raccourcir les trajets en ne passant plus dans le détroit de Malacca (voir plan ici). Un gain en temps en supprimant 1200 km de trajet et également en évitant une zone surchargée qui accueille 30% du commerce mondial maritime. Les économies sont donc substantielles.

Canal thai isthme de kra

A cela s’ajoute également que le détroit de Malacca est considéré comme une zone peu sûre. La proximité des côtes permettrait à l’armée thaïlandaise d’assurer la sécurité des bateaux. Du coup de nombreux pays laissent entrevoir leurs intérêts. En premier lieu la Chine qui semblerait être toute désignée comme bailleur de fond mais également comme acteur majeur en installant des raffineries et des infrastructures portuaires. Mais si la Chine montre de nombreux intérêts, elle n’est pas la seule. La France bouge également discrètement ses pions comme en témoigne le voyage que l’ambassadeur Jacques Lapouge a fait dans la région de Songkhla il y a quelques mois. Il faut reconnaître les français ont un certain savoir-faire dans la construction de canaux !

Maintenant reste à savoir comment vont réagir la Malaisie et surtout Singapour … les discussions aux prochaines réunions de l’Asean risquent donc d’être très animées. A suivre.

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