Point de vue : Ici le Brexit, là l’Asean

THéo COurant

Voyager en Asie du Sud-Est

fr-FRen-GB

Point de vue : Ici le Brexit, là l’Asean

Paradoxe, alors que nos vieux camarades anglais se sont exprimés pour un bye-bye à l’Europe, en Asie du Sud-Est on dit welcome Asean. Les européens sont-ils amnésiques ?

Brexit

Un jour, un vote

L’onde de choc se fait aussi entendre jusqu’en Asie. Les bourses dévissent, le marché des changes tousse, les expatrié-es ou immigré-es européens s’interrogent. La rupture est paradoxale. Alors que l’adhésion et l’intégration de la Grande-Bretagne ont pris beaucoup de temps (la bagatelle de 43 ans), la rupture s’est faite rapidement – pour certain-es le choix a été réfléchi, pour d’autres instinctif.

Mais peu importe la durée de réflexion, réduire une histoire commune à un simple oui ou non apparait superficiel et révèle l’inconscience et l’amateurisme de certains hommes politiques. Mais les urnes ont parlé, les voix du désaccord se sont faites entendre grâce à la bienveillance d’un processus démocratique que beaucoup oublient qu’il n’est pas donné d’avance.

Paradoxe d’un exemple

C’est justement là le paradoxe, le fait de dire oui ou non, de dire je te quitte, exprimer son désaccord sur une union que beaucoup d’autres régions du monde jalousent. Le mot est fort et pourtant. Les premiers pas de l’Union ont été faits dans le but d’accompagner le désir fou de pacifier des pays qui se sont toujours faits la guerre. La chose est belle et l’on peut dire que cela a marché. Pour y arriver, il a fallu passer par un système vieux comme le monde : l’échange.

Échanger c’est parler

Pour beaucoup ce mot est devenu une aberration, une perversion et pourtant. Comme le rappelait Lévi-Strauss, quand un clan cherche à trouver la paix et à s’agrandir, il échange des biens avec un autre clan. Échanger, c’est créer du lien, c’est accepter d’être dans un même lieu, de débattre, de se confronter, de se parler. C’est tout simplement trouver des intérêts communs. L’Asie du Sud-Est a longtemps été un lieu de confrontations, de guerres, de génocides. Depuis 1967, sous l’impulsion de la Thaïlande, 10 pays se sont regroupés pour échanger.

Construction d’une Union

Chaque année, une nouvelle pierre est apportée à l’édifice. Certes l’aspect économique centralise tous les regards, mais on ne doit pas omettre toutes les initiatives culturelles, politiques qui concernent plus de 680 millions de personnes. Petit à petit, les échanges se font plus ou moins régulés. Les buts de l’Asean sont proches des objectifs initiaux de l’UE : libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes avec la mise en place de politiques communes dans certains secteurs clefs.

Les effets commencent à se faire sentir : le niveau et l’espérance de vie augmentent, et les problèmes ou tensions frontaliers ne sont plus que des anicroches exceptionnelles. La paix est présente. Les observateurs avisés souligneront que la Thaïlande a subi, il y a peu un coup d’état, mais la marge de manœuvre n’est pas si simple pour les militaires. Les réformes populistes énoncées ne sont pas si faciles à mettre en place quand justement le pays a multiplié les liens avec les voisins. Liens, interdépendances des uns et des autres donnent des obligations et des devoirs les uns envers les autres.

A la droite et la gauche de quelqu’un…

Il arrive parfois que certains journalistes posent machinalement la question à des personnalités politiques de savoir : c’est quoi être de gauche ? C’est quoi être de droite ? À cette question beaucoup se perdent dans des considérations ou des tergiversations plus ou moins alambiquées. Pourtant la réponse est simple, c’est être un-e citoyen-ne élu-e faisant partie d’une assemblée où l’on s’assoie avec des personnes proches de sa sensibilité politique, les autres personnes sont soit à votre gauche, soit à votre droite. Dans tous les cas, tous, de gauche et de droite, sont dans la même pièce. Tous sont réunis pour débattre et tous partagent cette idée de participer à un processus démocratique.

Une fois sortie de la pièce, il est toujours possible d’écouter aux portes, mais la voix ne porte plus, l’échange disparait, la complicité envers ses anciens compagnons se mue en politesse de façade nourrit pour les uns de regrets et pour les autres d’incompréhension malheureuse.