Bangkok, à la découverte du cimetière chinois

Visiter et découvrir un cimetière paraît toujours un peu paradoxal au premier abord, mais comme l’illustre parfaitement le Père-Lachaise à Paris, le cimetière est un espace que l’on découvre, que l’on visite comme un autre…

Il fait partie de ces incontournables listés dans les guides ou dans le programme des tour-operators. Il faut dire que le Père-Lachaise est, au-delà des diverses constructions et autres pierres tombales parfois surprenantes, le lieu où nombre de femmes et d’hommes célèbres ont été mis en terre. Visiter cet espace si singulier, c’est aussi aller à l’encontre, en quelque sorte, de l’Histoire, c’est voir la dernière demeure de ces acteurs de la vie politique, artistique et mondaine qui ont traversé les siècles et qui ont marqué notre mémoire collective.

le cimetière chinois de Bangkok

Alors, aller à la découverte du cimetière chinois de Bangkok n’apparait pas comme quelque chose de choquant. Et en fait, ce cimetière est à la fois proche et éloigné des pratiques européennes. Nous nous expliquons : la première chose que l’on remarque quand on pénètre dans ce champ du repos, c’est la superficie. C’est un point commun avec le Père-Lachaise (même si ce dernier est beaucoup plus vaste que le cimetière chinois), mais ce genre d’espace à Bangkok est chose beaucoup plus rare que dans les capitales européennes. L’horizon est très limité dans la Cité des Anges. Là d’un coup tout s’ouvre, on perçoit au loin les gratte-ciels alors qu’au premier plan, les pierres tombales se succèdent les uns après les autres.

un cimetière pas comme les autres

Là aussi, l’uniformité des tombeaux est frappante. En Europe, même après la mort, on essaye encore de paraître et donner une certaine image de son nom de famille dans des constructions se voulant différentes des autres, (le jeu de la distinction comme dirait Bourdieu), là tout est homogène. Peu de différence, si ce n’est l’entretien qui est apporté au caveau. Rien de grandiloquent, les tombeaux font la même taille, pas de matériaux nobles tels que le marbre labrador bleu, le granit Indian Juprana, le granit du Tarn (celui-ci est beau mais peu cher !), etc., tous utilisent la même pierre. De fait, rien ne dépasse, seule la végétation crée un certain chaos dans quelques espaces du camposanto. D’ailleurs, cet aspect est assez surprenant, car, au fond du cimetière la végétation a tellement prospéré qu’il est impossible d’accéder à des carrés entiers du cimetière.

du lieu sacré au lieu dédié au sport

Au-delà de ces différences matérielles du cimetière, il y a l’utilisation de l’espace qui, l’on doit le reconnaître, interpelle. Synonyme de lieu de recueillement en Occident, où l’on se meut en silence, avec retenue et application. On doit se faire discret pour ne pas perturber les familles, les visiteurs, etc.

Ici, il n’en est rien et bien au contraire : le cimetière n’est pas un espace de recueillement mais plus un espace de défoulement ! En effet, si l’on peut admettre sans problème la présence de joggeur sur les allées du cimetière, on reste plus dubitatif face à la grande salle de sport ouverte à l’entrée du cimetière.

On monte d’un cran également en observant les joueurs de badminton, les volleyeurs, les basketteurs et les joueurs de chilon (voir le petit film ci-dessous). On passe un nouveau cap avec cette fois-ci la musique techno où une quinzaine de chinoises font de la gym tonic…Mais le summum est sans aucun doute la présence de karaokés, au cœur du cimetière, où se déchirent quelques chinoises virevoltantes du micro. Là, on s’incline, le Dieu Karaoké a gagné un nouvel espace, une nouvelle sacralité, il est plus prisé que les anciennes divinités !

la mort est aussi culturelle

Spectacle surprenant, peu orthodoxe pour nombre d’Européens, mais qui nous rappelle, que le traitement et la relation à la mort sont aussi des constructions culturelles. En entrant dans de tels espaces, on entre également avec ses représentations et ses valeurs qui ne sont pas toujours en adéquation avec les manifestations proposées. Mais après la surprise, on peut aussi se dire que c’est peut-être pour ça que l’on voyage…

Le cimetière chinois se situe dans le quartier de Sathorn, Soi Wat Prok.

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