Des pratiques d’antan aux rituels touristiques 2/2

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Suite de notre réflexion sur les rituels touristiques et les cairns ou les montjoies que l’on peut trouver dans certains sites touristiques, tels que ceux d’Ayutthaya.

La principale question demeure quelle est l’utilité de ces cumulus et de ces rituels  ?

Un premier élément de réponse peut-être avancé : un cairn n’est pas naturel, il est obligatoirement construit de la main de l’homme. Additionnés les uns aux autres à quelques dizaines de mètres, ils tracent une ligne, un chemin. Ils délimitent un espace, une frontière. On le trouve ainsi dans des zones arides où il est difficile de se repérer. Le cairn est alors une balise, un peu comme la bouée qui permet aux marins de retrouver une voie sans encombre pour rentrer au port. Pour l’anecdote, le terme cairn se traduit par le terme hermios, du dieu des voyageurs Hermès. Ces amas de pierres étaient déjà à cette époque le meilleur moyen pour retrouver son chemin, son itinéraire.

Dans un certain sens, il flèche, il donne du sens pour trouver ou aller vers quelque chose. Il indique donc un lieu, un endroit précis. Que ce soit une grotte, un abri, une source d’eau, il est là pour aider le novice à retrouver quelque chose.

Il y a aussi un autre aspect utilitaire et fonctionnel de faire un tas de pierre, celle de cacher. En effet, faire un cairn constitue un effort, un investissement certains. On amasse une quantité significative de cailloux pour ériger une masse pouvant dissimuler quelque chose ayant de la valeur. L’intention est donc paradoxale : on ne désire pas que ce quelque chose soit découvert, mais en même temps le cumulus montre qu’il y a quelque chose.

La fonction est alors simple à comprendre, le cairn devient un tombeau. Il est là pour protéger le corps du défunt et devenir, par force des choses, une sépulture où l’on peut venir se recueillir. C’est un lieu de mémoire, un lieu de recueillement. Plus généralement, on érige des montjoies pour commémorer un évènement important pour un groupe donné, une bataille par exemple.

Alors quel rapport avec les cairns des temples d’Ayutthaya ? Ils ne sont ni balises, ni sépultures, ni un quelconque fléchage. En fait, le lien entre sépulture et lieu sacré doit être plus approfondi. Déjà on peut déjà souligner la ressemblance entre un stupa et un cairn. S’agit-il d’un simple mimétisme ? Le visiteur veut-il simplement imiter ce qu’il a face à lui ? Pas sûr et pas suffisant comme réponse. En fait, on doit aller au-delà de ce premier constat. Il semble plus que le cairn est un élément à part entière du rituel religieux. On construit sa base, on l’élève et on espère qu’il tiendra longtemps. Symboliquement, le geste est empreint de croyances et d’espoir. Si le cairn délimite un espace, une frontière, on peut penser, symboliquement, que le cairn est l’axe ou du moins la pierre angulaire permettant à tout croyant de s’élever et de quitter ce monde ci pour en trouver un autre. Il est un repère tout autant matériel que spirituel. De fait, on se rend compte que généralement ces cumulus sont associés au monde des esprits et au fait religieux.

Mais à nouveau, dans les cairns des temples d’Ayutthaya, doit-on y voir obligatoirement des rituels religieux ? Après tout, les montjoies ne seraient-ils pas une simple expression artistique commune à différentes cultures ? On s’amuse à mettre des pierres les uns sur les autres, jouant avec les règles de l’attraction terrestre. On en trouve bien sur la plage, alors pourquoi cette expression devrait-elle se cantonner à des endroits précis ? En fait, les cairns des temples d’Ayutthaya doivent regrouper un petit peu toutes ces intentions. Pour répondre pleinement à la signification de ces cairns, il faut tout simplement interroger les acteurs. Sans aucun doute, on se rendrait compte que dans cet acte, il y a tout autant une pratique culturelle qu’une intention, une volonté propre à l’individu.

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