De la noix de cajou au tourisme de pauvreté

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Sans aucun doute voilà un élément essentiel pour un apéro réussi : la noix de cajou (pour nos amis québécois, la noix de cachou…). Hormis les personnes allergiques aux arachides, la noix de cajou fait toujours l’unanimité autour d’une table. A Myeik au sud du Myanmar, on trouve de nombreux anacardiers qui fournissent suffisamment de noix de cajou pour alimenter un circuit semi-artisanal semi-industriel.

Quand on rentre dans l’une de ces manufactures, l’odeur de la torréfaction vient délicatement éveiller vos sens. Puis la vue des conditions de travail calme un tant soit peu vos envies. Derrière toute production, il y a des hommes et des femmes et ici, ils sont nombreux à participer à toutes les tâches menant à la noix de cajou que nous aimons consommer dans nos moments de détente.

Le traitement est tout à la fois artisanal et industriel. Pour les préparer, on respecte toujours un certain nombre d’étapes : la noix est tout d’abord placée au-dessus d’un brasier pendant quelques minutes. On les remue, on les tourne afin que toutes les parties de la noix soient bien brunies. En fin de cuisson, la noix est carrément noircie et sous l’effet de la chaleur la résine des gangues s’enflamme. On éteint le tout en les couvrant (permet de supprimer l’apport en oxygène donc la combustion). Après quelques minutes d’attente, l’opération la plus importante commence : le décorticage.

L’essentiel de cette étape se fait à la main. Dans un premier temps, des ouvrières vont utiliser une presse pour casser la gangue. Les outils employés semblent avoir traversés les âges et n’ont pas évolué depuis le début du XXème siècle. Cette opération est essentielle et demande une expertise et un savoir technique important, si l’on presse trop, on casse la noix, si à l’inverse la pression n’est pas suffisante, l’opération fait perdre du temps à toute la chaine de production. Car après la suppression de la gangue, reste encore l’élimination des petites peaux et autres résidus de la coque. Là aussi, tout se fait à la main. Toute une brigade de jeunes filles, très jeunes pour certaines, assises sur des chaises ou accroupies sur des nattes trient, calibrent, nettoient ces précieuses denrées à l’aide d’un petit couteau. Devant elles, des bassines en rotin accueillent les noix selon des critères bien précis : taille, couleur, état général de la noix. Ensuite, on pèse, on conditionne et on stocke en attendant la vente prochaine.

Si les ouvrières semblaient tout à fait contentes de voir des curieux s’intéresser à leur travail, il est certain que pour notre part le sentiment était beaucoup plus ambivalent. D’un côté, il est vrai que découvrir la production, le travail nécessaire pour produire un aliment que l’on considère bien souvent comme anodin était tout à fait sympathique. L’ambiance décontractée, des sourires, des rires, mais de l’autre, il y a les conditions de travail. Ces ouvrières, certaines de jeunes adolescentes, sont à la tâche 9 à 10 h par jour. Leur salaire est de 80 à 100 euros par mois. Travaillant toute l’année dans un entrepôt ayant comme toit de tôles ondulées, datant lui aussi d’un autre siècle, toutes ces ouvrières sont confinées dans un espace réduit jouxtant des fours, des foyers plein de braises, des cuves d’eau chaude. Certaines viennent avec leur enfant et on peut les voir alors déambuler de femme en femme, d’ouvrière en ouvrière. Toute leur prête de l’attention, de la douceur tout en gardant la discipline nécessaire pour accomplir leur tâche. Elles gardent le sourire malgré cette sensation d’oppression.

Alors le visiteur, le curieux se demande pourquoi il est là, comment il en est arrivé là. On se rend compte alors que nous sommes ici dans une forme de tourisme noir (voir post précédent), ou du moins dans l’une de ces branches, celle du tourisme de pauvreté, celle du tourisme de la souffrance. A notre dépend, nous pouvons que concéder que nous l’avons cautionné.

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