Myeik, pêche et séchage de poissons, du tourisme au voyeurisme ?

La pêche est une activité fondamentale dans l’économie de bon nombre de pays. Loin des usines de conditionnement aseptisées que l’on trouve en Europe, le poisson en Asie du Sud-Est est bien souvent préparé en pleine rue.

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Quand on se rend à Myeik, au sud du Myanmar, on peut observer toute l’activité qui entoure le conditionnement et la préparation du poisson. Ainsi dans ce quartier de la ville,plusieurs familles se sont regroupées autour de cette production. Triage, découpage, séchage, on peut assister ici à toutes les étapes de la préparation du poisson. Cette, visite, s’en va sans dire, ne laisse pas le voyageur indifférent. Les odeurs y sont fortes, les conditions de travail rudes, l’hygiène générale interroge et pourtant cette activité est primordiale pour toute une communauté.

Depuis des millénaires les pêcheurs ont développé des techniques pour conserver le poisson : salage, fumage et séchage. Ce dernier demeure un élément essentiel de l’alimentation pour l’ensemble de la population en Asie. Avec le séchage, il est facile de le transporter plus facilement et le garder plus longtemps. On peut remarquer que selon le climat les techniques de conservation vont varier. Ainsi on fume plus souvent le poisson en Afrique ou dans des contrés plus nordiques, alors qu’en Asie se sont surtout développés le salage, la fermentation et le séchage.
Lors du séchage, le poisson perd près de 80 % de son eau, mais malgré cette opération il conserve tous ces bienfaits nutritionnels (protéines, calcium, vitamines). Il est bien souvent l’unique apport en protéines pour les classes sociales les moins avantagés.

Le séchage se fait aussi bien sur du poisson de mer que du poisson d’eau douce, même si pour ce dernier, il est nécessaire de le saler un peu plus.

A Myeik, on trouve surtout du poisson pêché en mer, le port n’est pas très éloigné du lieu de préparation. Il y a un peu de tout. Du thon, du maquereau, des petits requins marteaux et même (hélas) des raies mantas. Certains et certaines les vident à même le sol, stockant les viscères dans des tonneaux. Il s’en dégage une odeur nauséeuse. D’autres encore, surtout des femmes, écaillent le poisson. Elles en sont crépies, donnant l’impression qu’elles sont couvertes de paillettes, mais le cadre nous rappelle que nous sommes loin des strass. Avant dernière étape, le découpage. D’un côté la carcasse, de l’autre les filets, tout est bien séparé. Les têtes sont rassemblées – qu’elle est leur utilité ? – les aillerons regroupés dans des tonneaux. Leur nombre est affolant, et même marqué par le film de Spielberg, les dents de la mer, vous ne pouvez que concéder qu’il y a ici une non considération des espèces protégées… Ensuite, une fois les filets prêts, ils sont placés sur des bambous en plein soleil. Il y a des dizaines de panneaux sur lesquels reposent des milliers de filets. Les insectes les inspectent, les mouches se disputent avec les fourmis les morceaux les plus frais. Au fur et à mesure du séchage, l’odeur est moins forte, les insectes moins présents, mais cela reste toujours aussi peu avenant.

Cette visite, loin des temples et autres bâtiments faisant partie du patrimoine de la ville, interroge. Que cela soit les conditions de travail de toutes ces familles (il y a tout autant des enfants que des personnes âgées qui participent à chacune des étapes), de l’hygiène dans lesquels vivent ces personnes et dans laquelle est préparée le poisson, du fait que quelques visiteurs étrangers (dont nous faisons évidemment partie) viennent voir ce travail et que, depuis peu, des guides locaux invitent et instaurent un tour avec comme étape cette visite, tout cela nous questionne. Et on se demande alors où commence le voyeurisme et où commence la découverte. Il semble ici que nous sommes dans ce que les anthropologues nomment le tourisme noir. Un tourisme bien particulier et une thématique que nous développons dans ce post ici

Pour toutes informations pour savoir comment se rendre à Myeik, quoi voir, un plan de la ville, on peut toujours se tourner vers notre eGuide sur le Myanmar et les Régions du Sud.

 Tout sur Myeik : 
A la découverte de Myeik et de sa rue des temples 
A la découverte de Myeik et de son patrimoine architectural  
De la noix de cajou au tourisme de pauvreté 
Le chantier naval de Myeik

2 Comments

  1. fabien Reply

    je me souviens d avoir mangé des brioches que je pensais au chocolat et qui etait en fait au poisson seché , surprise , dégout , rire , les joie des voyages en asie , merci pour ce petit article que me replonge la tête en vacances

    1. admin Reply

      Oui il y a parfois de mauvaises surprises.. le baptême culinaire, l’initiation au sucré-salé, dans tous les cas l’effet brioche/poisson est toujours dévastateur ! Merci Fabien et bonne journée

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