La grande balançoire et son funeste jeu

 

La grande balançoire et son funeste jeu

Objet ou monument que l’on découvre la plupart du temps en se rendant au Wat Suthat (très beau Wat par ailleurs), le Sao Ching-Cha est en fait une immense balançoire. Erigée en 1784 en bois de teck et vernis d’un rouge vif, elle était l’objet central d’une cérémonie bien singulière. En raison de sa dégradation, la mairie de Bangkok, la restaura en 2004 et la plaça à l’intersection de Bamrungmuang Road et Ti Thong Road – sa place actuelle en 2006.

L’une des principales explications le plus souvent avancées pour comprendre l’utilité de cet objet est celle de la fonction récréative. En effet, il semble que juste avant la période des récoltes, était organisé un jeu où l’on devait se balancer le plus haut possible afin d’atteindre un sac rempli d’argent. Face à la balançoire, un poteau de plus de 20 mètres de hauteur était planté sur lequel on avait fixé le sac. Les candidats devaient donc prendre suffisamment d’élan pour pouvoir saisir le fameux sésame avec leurs dents. Tout autre membre disqualifié le candidat. On estime qu’ils devaient s’élever au moins à 25 mètres de haut. La chance de réussir était faible en rapport au danger de l’épreuve.

L’autre fonction, qui peut être également avancée, est celle liée à un rite ordalique. Il s’agit là de montrer sa capacité à dépenser des frontières, braver le danger afin de montrer toute sa vaillance à son groupe. Le rite ordalique est aussi employé dans certaines sociétés pour trancher une situation inextricable entre deux individus. Si par exemple, deux personnes étaient en désaccord sur une propriété et que le dignitaire, le représentant de la loi ou encore les sages ne pouvaient décider, ils s’en remettaient alors au destin, aux dieux. Là une épreuve dangereuse, aléatoire était annoncée et chaque protagoniste devait y répondre. Si l’un des participants mourrait (ce qui était pratiquement sûr) alors le dieu avait décidé qui avait raison et à qui était la propriété.

L’autre possibilité est qu’il s’agissait d’un rite initiatique, réservé uniquement aux plus jeunes… là nous en sommes au stade de l’hypothèse !

Dans tous les cas, ici, le jeu – récréatif, ordalique, initiatique – a été interdit en 1935 en raison du nombre d’accidents – bien souvent mortels – qu’il provoquait. Il ne reste maintenant que ce portique qui sert essentiellement de promontoire aux oiseaux de passage.

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