Théo Courant

 

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Du « voyage en Occident » au voyage de la lenteur

Du « voyage en Occident » au voyage de la lenteurIl y a parfois des rencontres improbables. Des rencontres qui se font par le plus grand des hasards, le voyage en est parfois un accélérateur. Pour certains c’est même la principale raison qui les poussent à partir découvrir l’autre et sa culture, se confronter à cet ailleurs avec ses règles, ses normes, son tempo.

C’est justement sur ce point précis que le réalisateur taiwanais Tsai Ming-Liang attend et surprend le spectateur dans son court-métrage « le voyage en occident » (53mn). L’expérience cinématographique et philosophique qu’il nous propose dans son film est une magnifique réflexion de ce qui fait le rythme, la vitesse d’une société. Le pari au départ est osé : la rencontre d’un moine bouddhiste et les habitants de la ville de Marseille. Habillé d’une toge rouge, le moine traverse des quartiers entiers de la cité en marchant selon les préceptes d’anciens rituels bouddhistes. La démarche est décomposée, très lente, anachronique face à l’urgence et au rythme effréné des citadins.

Le spectateur est alors pris dans ces longues séquences de plans fixes où il réapprend à observer les détails, à épier ces petits mouvements furtifs décomposant cette marche presque figée. Autour, tout bouge, tout s’active et tout devient futile. On comprend alors qu’à travers cette marche et ces jeux d’oppositions vitesse/lenteur, futilité/méditation, rites séculiers/rites contemporains, le réalisateur invite l’observateur-spectateur à réfléchir sur ce qui le mène tous les jours dans ses actions quotidiennes. Ce court-métrage est en fait la suite d’une expérience similaire qui avait été tournée à Hong Kong quelques années auparavant avec le même personnage (Walker Hong Kong). La principale différence avec ce dernier court est évident cette confrontation entre l’Asie et l’Occident qui, au fur et à mesure du film, se transforme peu à peu à une invitation du monde occidental à méditer sur sa propre existence, sur son rythme effréné.

Il tente d’initier le monde occidental à cet art si difficile de la méditation. Il invite à suivre un rythme plus respectueux, plus attentionné envers l’autre. Pour cela il est nécessaire de se détacher de certaines matérialités, de certaines vicissitudes pour s’ouvrir à l’autre. Le voyage est alors immobile, face à soi-même et pour beaucoup ce n’est pas forcément une destination des plus faciles.

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