Le crépuscule des caissettes et autres bizarreries des transports en commun

Un vent de modernité souffle dans les transports urbains. Bienvenue pour de nombreuses raisons, il risque cependant d’emporter avec lui des pratiques et des sons faisant totalement partie du folklore bangkokois.

Un objet, un métier, une culture

Il était un temps où Paris avait à l’entrée des bouches de métro un poinçonneur, homme de l’ombre qui compostait le ticket des passagers. A Bangkok, les bus et les bateaux n’ont pas de poinçonneur mais des caissier-es qui se faufilent dans la foule. Pour signaler leur présence, ils/elles agitent leur boite en fer blanc contenant la monnaie. Le bruit des pièces s’entrechoquant et tapant les parois de la boite fait partie de ses petites choses qui construisent le quotidien des habitants de la cité.

Comme le chantait si bien Gainsbourg, le poinçonneur faisant des petits trous a depuis longtemps disparu. Les confettis se sont envolés pour laisser place au ticket +. Hélas, le bruit de la caissette voit aussi ses jours compter.

En effet en raison du début de l’automatisation des paiements dans les transports en commun, les caissettes vont être mis au placard et les machines automatiques vont peu à peu s’immiscer dans le paysage urbain. Au revoir donc petits papiers pour laisser place aux tickets délivrés par les machines, avant-garde des e-Tickets et des applications pour mobile.

Une boite et des fonctions

Objet emblématique, la petite caissette est un ustensile d’une rare inventivité … Long d’une vingtaine de centimètres, il permet tout à la fois de faire caisse gardant la monnaie et caisse enregistreuse délivrant un ticket. Pour ce faire, l’agencement interne de la  boite a été pensé soigneusement. S’ouvrant sur le dessus, la boite est découpée en plusieurs sections de différentes tailles. Ces écarts sont volontaires. On peut y séparer les différentes pièces et surtout y intégrer les rouleaux imprimés des tickets. Ainsi en quelques gestes simples, la caissière peut saisir la monnaie, faire le change tout en étant baladée en avant et en arrière selon les aléas de la route et des accélérations et des freinages du véhicule. Les pièces sont attrapées, données et rares sont les fois où une pièce s’échappe de la dite-caisse.

A cela s’ajoute tout le charme du compostage du billet… au du moins du découpage du billet en un ou deux petites coupures. Loin d’être anodin ces coupures stipulent de fait le montant de la course. En effet, les billets sont pré-imprimés et plusieurs prix y figurent.

Un savoir-faire unique

Ainsi au moment où la caissière rend la monnaie d’une main, elle déroule en même temps son rouleau de tickets et là, toute la technique du compostage fait jour. La caissière déroule son rouleau, arrêtes exactement au nombre de ticket à délivrer. D’un geste vif, elle referme la boite pour déchirer parfaitement le ticket. Une fois le ticket émis, elle le retourne sur un côté et referme franchement en une ou deux fois le couvercle pour le déchirer chirurgicalement au montant donné. Le bruit sec du couvercle tranche avec le son des pièces s’entrechoquant, comme pour marquer les sens qu’un acte marchand venait d’être conclu. Une fois le ticket délivré, la caissière recommence à agiter sa boite pour signaler sa présence et sa disponibilité.

Autre geste technique admirable, la gestion des billets. En effet, tout les passagers ne disposent pas obligatoirement de pièces et payent avec des billets de 20 ou 50 bahts. Rarement plus. Dans ces cas là, la caissière saisit le billet et au lieu de le glisser dans un porte feuille, elle ouvre sa boite et le coincent en rabattant le couvercle de la boite. Le billet est alors plié dans toute sa longueur. Le billet ayant un pli inaccoutumé est ensuite inséré dans une liasse qui se glisse parfaitement dans une poche prévue à cet effet…

Une modernisation en phase de test

Cette poésie urbaine des gestes simples va hélas peu à peu s’éteindre. En effet, une première ligne de bus a été lancée pour tester un nouveau protocole de paiement. Comme le montre le film ci-dessous, les machines ont été installées à bord des bus sur plusieurs lignes. Cependant l’opération semble subir quelques mésaventures.

La première est due à un manque d’habitude des passagers. Alors que des bornes oranges ont été installées dans plusieurs bus, les autorités se sont rendus compte que la borne était régulièrement confondue comme poubelle. Ainsi, nombre de passagers ont glissé papiers et autres petits déchets dans la cavité devant accueillir la monnaie.

Autre point noir le retard sur l’installation des bornes en raison de différents problèmes techniques. Ainsi les responsables du programme tablaient sur l’installation de plus de 700 bornes dans différents bus d’ici décembre 2017. Force est de constater que seul 150 ont été placées et qu’elles demeurent toujours inactives.

En effet, l’autre problème est lié aux aléas informatiques du système d’exploitation. Plusieurs bugs sont apparus empêchant la coordination des bornes dans les bus et le centre technique.

Du retard mais Tout vient à point à qui peut attendre

Comme souvent si le retard vient souvent à l’allumage, les autorités font le maximum pour redonner un coup de modernité à la vieille flotte des bus de ville. La nouvelle application de la BMTA pour mobile pour circuler facilement avec les bus est déjà une première étape.

La seconde est sans aucun doute liée au renouvellement du parc dans son ensemble. Il est vrai que plusieurs bus neufs devaient arriver sur Bangkok il y a quelques mois. Mais voilà pour d’étranges raisons administratives, ces derniers sont bloqués à la frontière malaisienne. Il est à parier que d’ici peu de temps cette question sera rapidement réglée et que le vent de modernité viendra emporter les pratiques que l’on pensaient immuables.

 

 

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