Asie du Sud-Est, l’écobuage ou la culture sur brûlis

Hsipaw, , l’écobuage ou la culture sur brûlis en question

 

De nos jours, la question environnementale est une préoccupation, que l’on pense ou que l’on désire, mondiale. Même si dans les faits beaucoup d’hommes et de femmes militent pour que l’environnement devienne une cause prioritaire, les tensions ou les incompréhensions demeurent. On peut, hélas, s’en rendre compte actuellement avec la conférence de l’ONU au Pérou. Les désaccords entre pays du Sud et du Nord sont nombreux et les plus rétifs ne sont pas toujours ceux auxquels on pense en premier.

Ainsi, dans plusieurs pays du Sud et des pays considérés pauvres, on a vu des initiatives bien plus significatives que dans certains pays du Nord avec un des premiers PIB au monde. Le Bengladesh a, depuis plusieurs années, supprimé les sacs plastiques. Il est vrai que la raison principale de cette interdiction n’est pas directement écologique. Ces fameux sacs plastiques ont été désignés comme responsables des problèmes d’évacuation d’eau en bouchant les égouts et autres canalisations, lors des grandes inondations de 2010, causant des dizaines de morts.
Dans cet exemple, on voit que la décision politique de cette prohibition est d’ordre pratique et qu’en soi elle ne bouleverse pas trop les habitudes de la population.
Mais la chose est beaucoup plus complexe quand il s’agit de pratiques ancestrales, coutumières et qui dépassent les frontières nationales. C’est le cas de l’écobuage.

En effet, dans les régions montagneuses d’Asie du Sud-Est, nombre de paysans ont depuis des décennies pris cette option afin de défricher et de fertiliser des terres grâce aux cendres produites. La chose est vraiment pratique puisqu’elle permet également de dégager une surface suffisante là où le labour est impossible. Au Myanmar par exemple, l’écobuage ou le taunggya est pratique par plus de 2 millions d’agriculteurs. Dans une proportion plus réduite, la culture sur brûlis est aussi pratiquée par de nombreux paysans thaïlandais et laotiens.

Cette technique est certes efficace au premier abord, mais elle est désastreuse à long terme. En premier lieu, elle participe à une accélération de la déforestation, de la disparition des forêts primaires. Avec le lessivage de la mousson, le sol, au bout de 3 ans, est appauvri et le peu de terre fertile est souvent ravinée. Résultat, un sol pauvre, instable, pouvant causer des glissements de terrain… A cela s’ajoute un autre effet tout aussi pervers : la pollution atmosphérique. Cette technique libère des quantités astronomiques de CO2. Si vous vous rendez par exemple de Tak en Thaïlande à Hpa-an, au Myanmar lors des saisons sèches, il arrive fréquemment que cette aire soit emplie d’un brouillard dense et âpre causée par la fumée de l’écobuage. Pour les plus sensibles, cela entraîne quelques irritations, des gènes respiratoires, les yeux qui grattent, etc. Le visiteur ne pourra que constater des conséquences de l’écobuage.

Les zones concernées par l’écobuage sont immenses que ce soit au Nord du Myanmar comme du côté de Hsipaw, le Nord-Ouest et le Nord-Est de la Thaïlande, le Nord Du Laos, sans oublier la Malaisie (sujet tabou car cela touche l’industrie de l’huile de palme) et surtout l’Indonésie qui détruisent quotidiennement des hectares entiers.
Évidemment cette pratique de l’écobuage fait débat, il y a ceux qui sont pour une interdiction totale et ceux qui sont pour une pratique raisonnée. Mais à vrai dire, si la controverse peut être riche, il n’en demeure pas moins qu’il y a urgence. En effet, les grandes régions qui poursuivent cette tradition sont maintenant des zones où le nombre de problèmes respiratoires ne cessent d’augmenter, l’impact sanitaire est là. A cela s’ajoute également que l’écobuage cache aussi des trafics sur le bois précieux, qui est un marché hautement rentable. Les conséquences sur la faune et la flore sont aussi préoccupantes.

Certains gouvernements commencent à se mobiliser en encourageant le retour à l’agriculture en terrasses. Si la reconversion est au premier abord séduisante, il faut savoir que ce genre de culture demande un investissement beaucoup plus important et un entretien régulier. Remettre en question la culture sur brûlis, au moment où l’on commence à prendre conscience de l’effet de serre, est donc chose peu évidente et où les actions sont somme toutes réduites.

Demeure toujours l’action citoyenne, celle de l’achat responsable, celle où l’on se refuse d’acheter par exemple, du bois précieux ou du bois dont l’origine n’est pas certifiée.

Hsipaw, l’écobuage ou la culture sur brûlis en question

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